Étude - Des controverses passées aux défis de demain : faire face aux nouveaux risques agroalimentaires
Cette étude part des crises et controverses qui ont marqué l’agriculture et l’agroalimentaire pour rechercher ce qu’elles peuvent nous apprendre des risques de demain. L’objectif n’est pas de dresser un catalogue de menaces, mais d’identifier les mécanismes capables de transformer un sujet encore émergent en enjeu sensible, puis en crise ou en transformation structurelle du secteur.
L’analyse repose sur plusieurs centaines d’articles et sur une méthode comparative croisant deux dimensions : la puissance d’une controverse — durée, récurrence, écho médiatique et social — et l’ampleur des changements qu’elle provoque ou pourrait provoquer sur les plans réglementaire, économique, industriel, réputationnel ou comportemental.
L’étude revient ainsi sur plusieurs crises passées — viande de cheval, chlordécone, huile de palme, vache folle, lait infantile contaminé, bisphénol A, dioxyde de titane ou oxyde d’éthylène — pour rechercher leurs dynamiques communes. Elle montre notamment que l’intensité objective d’un risque ne suffit pas à expliquer la puissance d’une controverse. La perception du danger, l’émotion, la dimension éthique, les controverses scientifiques, la médiatisation ou encore l’identité des personnes touchées jouent un rôle déterminant.
L’un des principaux enseignements réside dans l’interdépendance entre industrie, consommateurs et pouvoirs publics. Une évolution des attentes peut provoquer une mobilisation politique puis une modification réglementaire ; une crise industrielle peut transformer les comportements de consommation ; une décision publique peut, à son tour, bouleverser une filière.

Des risques émergents
À partir de ces mécanismes, l’étude projette la méthode vers l’avenir et identifie seize risques émergents : évolution du bio, pénuries et crises structurelles, OGM et nouvelles techniques génomiques, mycotoxines, bien-être animal, rémunération des agriculteurs, nitrites, abattage rituel, plastiques, huiles minérales, difficultés de recrutement, Nutri-Score, transport et localisme, boycott citoyen, cyberattaques ou encore glyphosate.
La matrice présentée pages 33 et 35 constitue le cœur prospectif de l’analyse : elle rapproche controverses passées et risques émergents selon leur puissance et leur capacité à provoquer des changements. Elle permet surtout de faire apparaître des sujets encore relativement peu controversés mais présentant un fort potentiel de transformation.
C’est là que réside l’intérêt de cette recherche pour le futur : ne pas confondre visibilité actuelle et importance future d’un risque. Un sujet faiblement médiatisé aujourd’hui peut modifier demain une réglementation, une technologie, un marché, une chaîne d’approvisionnement ou les conditions d’acceptabilité d’une activité.
L’étude invite ainsi à déplacer le regard de la seule gestion des crises vers l’analyse des dynamiques qui les précèdent : signaux faibles, transformations sociétales, évolutions réglementaires, controverses scientifiques, comportements des consommateurs, interdépendances et modifications des rapports de force.
L’enjeu prospectif n’est donc pas de prédire la prochaine crise, mais d’identifier suffisamment tôt les transformations susceptibles de changer les règles du jeu. C’est dans cet espace, lorsque le changement est perceptible mais que ses conséquences ne sont pas encore imposées, que l’organisation dispose des plus grandes marges de manœuvre.
45 pages, février 2023
